Le procureur antiterroriste français Christen s'adresse à la presse à Paris, à la suite de la fusillade survenue le 23 octobre à Trappes, au cours de laquelle Pengo Bossio Wangi, âgé de 26 ans, a été tué
L'auteur présumé du "périple meurtrier" terroriste qui a fait un mort et sept blessés, dont quatre graves, le 23 octobre dans les Yvelines a déclaré avoir choisi la ville de Trappes au motif qu'il s'agit d'"un repaire d'islamistes", avec la volonté de viser des personnes "de type musulman ou africain, nord-africain", a déclaré jeudi le procureur national antiterroriste.
Kevin T., 39 ans, a été mis en examen jeudi après-midi pour, notamment, "assassinat et tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", avec la circonstance aggravante que les faits ont été commis "à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée", a fait savoir le PNAT.
Son placement en détention provisoire a été requis.
Lors de son audition au sein de la sous-direction antiterroriste (SDAT), le suspect a reconnu "la préméditation" des faits, a rapporté lors d'une conférence de presse Olivier Christen, qui souligne la "très grande préparation de l'action criminelle" accomplie selon les dires de Kevin T. "en mode rafale".
"Il admettait avoir spécifiquement ciblé des personnes 'de type musulman ou africain, nord-africain' et choisi le lieu de son action car 'Trappes est un repaire d'islamistes'", a poursuivi le magistrat.
"Il contestait en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime", a relaté Olivier Christen.
Le suspect a dit n'éprouver "aucun regret".
Dès le 3 septembre et au cours de ce même mois, Kevin T. a fait l'acquisition "d'éléments d'armes de nature à renforcer l'efficacité tactique" du pistolet-mitrailleur Sten de 9 mm qu'il a utilisé le 23 octobre, a indiqué Olivier Christen.
Durant 12 kilomètres, à Trappes puis La Verrière, l'homme, qui circulait en voiture, a tiré en huit lieux, tuant sur la troisième "scène de crime" Pengo Bossio Wangi, 26 ans.
AUTOCOLLANTS APOCRYPHES DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Trois des quatre blessés graves, dont l'un conserve un pronostic vital engagé, restent hospitalisés, a déclaré Olivier Christen. Trois autres personnes ont été légèrement blessées.
Autre preuve de la préméditation, Kevin T. avait mis en état ses affaires personnelles, notamment remboursé ses dettes familiales, supprimé le 21 octobre l'ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux, revendu son ordinateur portable et dissimulé son téléphone portable.
Les enquêteurs ont depuis retrouvé l'ordinateur et le téléphone qui ont été confiés à la police scientifique pour analyse.
Le procureur du PNAT a confirmé que lors d'une perquisition au domicile du tireur présumé, à Plaisir (Yvelines), un Coran, une Bible et un exemplaire de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler avaient été retrouvés.
Des d'autocollants apocryphes, c'est-à-dire non authentiques que le suspect a reconnu avoir dessinés et fait fabriquer "il y a plus d'un an" via Amazon, faisant notamment mention du Rassemblement national (RN), ont par ailleurs été découverts dans un tiroir.
"Trente supportant la mention 'Vive la France, RN, fier d'être français'; 99 portant la mention '100% français, Vive la France', et 98 avec l'inscription 'Soutien aux forces de l'ordre'", a détaillé le procureur.
Le RN a annoncé mardi poursuivre en diffamation Le Monde qui avait fait état de la présence de tracts du parti de Marine Le Pen dans le véhicule du suspect, information démentie par le PNAT.
Kevin T. a déclaré lors de ses auditions n'être adhérent ou sympathisant d'aucun parti.
Interrogé sur sa présence sur des photographies du site France-Palestine datées du 21 février 2018, il a expliqué avoir voulu "à un certain moment de sa vie (...) infiltrer les gauchistes".
S'agissant de son état de santé, le procureur a réaffirmé que le suspect, consommateur de stupéfiants depuis l'âge de 13 ans et sous antidépresseur et anti-psychotique depuis l'âge de 25 ans, ne présentait pas de "signes cliniques d'une pathologie aliénante décompensée".
"Le diagnostic de schizophrénie allégué par Kevin T. est davantage une interprétation de l'intéressé qu'une conclusion médicale", a-t-il dit.
(Rédigé par Sophie Louet, édité par Tangi Salaün)

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